L’Univers et l’interprétation colorée de mes Rêves en marche

 ou Heureux, qui, comme Ulysse a fait un Long Voyage

Inspiré par l’artiste majorquin Miquel Barceló, j’ai dessiné un univers de pierres, un sol de gravats, de cailloux, un environnement accidenté, un dédale d’éléments déstructurés, désorganisés dans un espace limité et organisé, comme une fenêtre ouverte sur un monde différent, agencé selon une composition dynamique faite de lignes horizontales, verticales, courbes et brisées sur un support de contre-collé très épais de Ph neutre, lui-même accidenté dans son épaisseur.

L’ensemble graphique fait apparaître donc un espace en deux dimensions à peine perspectif, c’est-à-dire un sol composé essentiellement de creux, de trous et de bosses, opposé à une surface verticale sans modification d’apparence visuelle dont il est raisonnable de dire qu’il s’agit très traditionnellement d’un espace ciel, sans effet particulier de profondeur, une atmosphère très terrienne où le vide semble bien structuré.

Il y a très longtemps que je voulais interpréter, Rémautiser”, La Chute d’Icare de Pierre Brueghel l’Ancien et dont l’élément principal est la chute d’Icare à peine visible ; peinture exceptionnelle de l’école flamande du 16ème siècle ; ” aucun laboureur ne s’arrête de travailler pour la chute d’un homme “; telle était la devise de l’époque ; même pas les bateaux, les oiseaux, les insectes, la charrue... 

C’est dans cet environnement-là, à demi-imaginaire, extraordinairement graphique dans le modelé du trait, monochrome, que j’ai imaginé un autoportrait qui se veut finalement très optimiste, à l’inverse d’une lecture qui serait trop rapide, subjective et superficielle dont on pourrait y comprendre la froideur et l’ expression du désespoir.

Dans mon interprétation, c’est aussi vrai et perceptible, même le ciel semble nous offrir un éblouissement d’une blancheur froide, maladive… seulement et à peine le frémissement de l’eau au sol ; étrange situation aussi de voir mes crayons à l’arrêt et attachés, comme spectateurs de la scène. Interprétation très personnelle que je ressens profondément.

Renaître, c’est retrouver la lumière les yeux grand ouverts, grimper sous entend ” aller vers le haut par l’effort”; je suis de ceux qui pensent que le mot renaissance pourrait bien s’écrire Re-naissance pour mieux exprimer l’idée de naître une seconde fois.

Voilà, je tenais maintenant l’idée maîtresse de mon autoportrait sur les mines aiguisées de mes crayons.

JE M’APPELLE PIERRE, JE REVIENS DES TÉNÈBRES APRÈS UN TROP LONG VOYAGE PARMI LES PIERRES ; MON BÂTON DE PÈLERIN EST PRESQUE À PORTÉ DE MAIN.

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES !

Heureux qui, comme Ulysse, à fait un long voyage, ou comme celui-ci qui conquit la toison et qui est revenu plein d’usage et raison vivre parmi eux le reste de son âge.

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Structure et composition triangulaire exécutées avec le nombre d’or pour davantage d’harmonie de l’ensemble graphique (valeur 1/N =1,618) ; formes biseautées en creux à droite à la manière des hiéroglyphes de l’Égypte ancienne, pour donner du volume au trait et le rendre plus sensible ; crayons néro, pointe d’argent, encres personnelles noires, double projection d’encres afin de donner un épiderme à l’ensemble du support.

Création de JEAN-PIERRE RÉMAUT. janvier 2018.